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Séminaire Ethique et droits de l'homme 2021-2022 : Conflit, médiation, alliance

CONFLIT, MÉDIATION, ALLIANCE

Programme détaillé à télécharger

On le sait bien : il n’est pas de vie sans conflit. Toute entité sociale, depuis l’échelon du couple jusqu’au niveau international, traverse périodiquement des tensions relationnelles. Il n’est même pas besoin d’être deux : l’individu isolé fait lui aussi l’expérience d’écartèlements intérieurs, de conflits avec lui-même.

Le phénomène conflictuel est cependant porteur de trois paradoxes majeurs. D’une part, ses délimitations conceptuelles et pratiques avec ces deux autres faits que sont le désaccord et la violence, s’avèrent tout sauf claires. Où se termine le désaccord ? Où commence la violence ? La confusion entre conflit et désaccord est courante, et laisse le champ libre à diverses instrumentalisations. Y a-t-il un rapport de forces dès le désaccord, ou bien s’agit-il là d’un critère distinctif pour déterminer le conflit ? Quant au phénomène de la violence, il recoupe très certainement celui du conflit, sans se confondre avec lui. Qu’est-ce qu’un conflit sans violence ? Est-ce la même chose qu’un conflit non-violent ?

Second paradoxe, étroitement lié au premier, l’ambivalence du conflit est trop souvent négligée, voire ignorée : la notion de « conflit » est investie de connotations strictement négatives ; or, le conflit est tout autant fécond que destructeur. Ce sont les conditions de son assomption qui en détermineront les effets, soit corrupteurs, soit créateurs, soit une synthèse des deux. L’exemple de la crise d’adolescence illustre bien la nécessité fertile du phénomène conflictuel pour construire sa propre identité. Par ailleurs, un conflit est souvent révélateur d’un dysfonctionnement, d’une injustice, d’une crise latente, dont il permettra peut-être de sortir.

Le troisième paradoxe afférent au phénomène conflictuel tient au constat suivant. Son universalité reconnue n’a pas pour autant donné lieu à la mise au point d’une large palette de méthodes susceptibles de le prendre en charge et de le dépasser au bénéfice de toutes les parties : la solution « win-win » reste marginale, noyée au milieu de multiples procédures délétères qui ne font que le nourrir et le réitérer, depuis le refoulement jusqu’à l’écrasement de l’adversaire, en passant par les diverses interventions arbitraires et par le fameux mécanisme de l’expulsion d’une victime émissaire.

En recherchant une technique de mise en valeur des potentialités fécondes du conflit, on évoquera généralement la médiation. Mais ici, les quiproquos et les contre-sens ne font que se multiplier. Le vocable de « médiation » rencontre depuis quelques années un succès qui ne laisse d’intriguer, au point de le rendre suspect. Serait-ce la panacée à toute situation de blocage relationnel ou d’injustice avérée ? L’intervention d’une tierce personne ne suffit sans doute pas pour que l’on soit en droit de qualifier une procédure de « médiation ». Il s’agit de distinguer celle-ci de la conciliation, du recadrage, de l’arbitrage, du jugement… Quels seraient donc les critères d’une médiation ? Quelles en seraient les conditions, les modalités, les limites ? L’appréciation de sa fécondité dépendra certainement des réponses apportées à ces interrogations.

La médiation n’est cependant pas la seule méthode susceptible de valoriser, de bonifier le conflit. La négociation et la prise de décision peuvent adopter diverses modalités, depuis la communication non-violente jusqu’à la stratégie des petits pas, des concessions au compromis, de la reconnaissance des fautes au pardon et à la réconciliation, de la consultation sans vote à l’élection à la majorité (simple ou qualifiée), de la trêve à l’armistice, de la désobéissance civile jusqu’au consensus différencié… Chacun de ces chemins repose à l’évidence sur des présupposés spécifiques, et vise un objectif propre. D’où la dimension proprement politique du choix des moyens, étroitement articulés à la finalité de l’action.

Il est un dernier dispositif, à la fois préventif et curatif à l’endroit du conflit, susceptible de le reconfigurer sinon de le transfigurer : l’alliance. Davantage qu’un contrat, l’alliance est un pacte de confiance, qui repose sur des promesses mutuelles. On mesure ainsi tout autant sa vulnérabilité que ses potentialités. L’alliance peut associer deux combattants contre un ennemi commun, mais aussi deux ou davantage de protagonistes sur un chemin de paix, qui se décline depuis la simple non-agression jusqu’à la communion, en passant par toutes les acceptions de la reconnaissance (renouvellement de la connaissance, estime de l’autre, gratitude). Dans quelle mesure l’alliance peut-elle porter le potentiel du conflit à son maximum de fécondité ? À quelles conditions est-elle susceptible d’échapper à la pure incantation utopique, comme à l’instrumentalisation idéologique, qui s’avèrent aussi stériles l’une que l’autre ? Au prix de quelle élaboration sémantique et de quelle reprise conceptuelle peut-elle à la fois reconnaître son soubassement théologique (comme d’ailleurs celui de la catégorie de « médiation »), et s’en dégager suffisamment pour s’inscrire dans un langage sécularisé et universel ?

Conflit, médiation, alliance : ces trois vocables ne se situent ni sur une ligne chronologique continue, ni sur une échelle progressive de valeurs. Mais ils constituent une dialectique à trois pôles, dont les connexions internes manifestent autant d’asymétries que de synergies. Et cependant, les asymétries entre ces trois pôles pris deux à deux, et qui se nourrissent mutuellement, ne s’avèrent-elles pas être la condition même de ces synergies ?

Tels sont quelques-uns des axes et des enjeux du Séminaire interdisciplinaire « Éthique et droits de l’homme », qui déclinera, durant les deux années universitaires 2021-2022 et 2022-2023, approches philosophiques, historiques, juridiques, sociologiques, théologiques et éthiques, autour de la thématique : « Conflit, médiation, alliance ». Il s’agira donc de croiser les regards disciplinaires et les convictions subjectives et intersubjectives, à l’occasion de débats sans fard et d’interpellations réciproquement critiques, afin d’explorer, à travers les débats les plus contemporains, certaines des modalités et des conditions de notre « être ensemble ».