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Séminaire du Groupe « Ethique et droits de l’homme »

RESPECT DE LA PERSONNE : VRAIE OU FAUSSE UNIVERSALITÉ ?

Séminaire organisé par le Groupe « Ethique et droits de l’homme »
de l’Université de Strasbourg

Un lundi par mois, de 17 h à 19 h
Salle Tauler, Palais Universitaire - Strasbourg

Programme annuel à télécharger

La notion de « respect » de la personne humaine constitue la référence ultime des diverses proclamations des droits de l’homme. Elle se situe à l’arrière-plan de ces droits eux-mêmes, comme des mouvements d’engagement en leur faveur. Elle constitue tantôt un concept théorisé et assumé, tantôt un impensé d’autant plus prégnant qu’il se donne pour évident. Mais quelle est la teneur sémantique du « respect » ? S’agit-il du sentiment qu’impose la valeur d’une personne, qui conduit à s’abstenir de toute action qui pourrait lui porter atteinte ? S’agit-il donc d’une version négative de la Règle d’or : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fît » ? Ou bien le respect va-t-il jusqu’à la sacralisation de tout être humain, qui impose des devoirs envers lui, selon une version positive de la même Règle d’or : « Fais à autrui ce que tu voudrais qu’il te fasse » ? Les droits auxquels toute personne peut prétendre impliquent-ils logiquement des devoirs sacrés à son endroit ? Une clarification notionnelle s’impose donc au sujet du respect de la personne.

Mais au-delà de ce travail d’élucidation sémantique, l’attribut du respect, et partant des droits de l’homme, qui fait débat depuis quelques décennies, est à l’évidence celui de son universalité. Les droits de l’homme sont-ils un principe intangible et préjudiciel, un droit naturel transcendant à tous les droits positifs ? Ou bien au contraire, apparaissent-ils comme une construction occidentale, relative donc à un schème culturel particulier, et imposée au reste du monde en vertu de l’ethnocentrisme du regard, et de l’impérialisme des dispositifs politiques ?

On connaît la critique marxiste des droits de l’homme, qui les soupçonne d’occultation idéologique et d’être une arme juridique pour défendre les intérêts des puissants. On sait le ressentiment de certains peuples à l’égard des institutions internationales, qui semblent à leurs yeux cautionner la domination des vainqueurs après les conflits : pourquoi, selon eux,  les Tribunaux pénaux internationaux jugent-il presque exclusivement des dictateurs africains ou serbes, mais aucun dirigeant occidental ? L’application des droits de l’homme serait-elle à géométrie variable ? Mais on connaît moins l’acception musulmane ou chinoise de la notion de « respect », sans parler de la compréhension des droits de l’homme chez les peuples dits premiers. Ceux qui ont subi ou subissent encore de plein fouet les violations des droits de l’homme y sont-ils attachés de la même manière que ceux qui appartiennent à des sociétés qui les ont bafoués ou les bafouent encore ? Y a-t-il différents degrés d’universalité, à défaut d’un clivage net entre une « vraie » et une « fausse » ? Et comment les discerner ?

Pour mieux tenter de sortir ce débat d’une opacité délétère, il conviendra d’interroger les sources historiques et intellectuelles des droits de l’homme. Quelle est la part, notamment, des traditions religieuses, et quelle est celle des idées philosophiques ? Hans Joas (Comment la personne est devenue sacrée, 2011) et Valentine Zuber (L’origine religieuse des droits de l’homme, 2017) défendent à ce propos deux thèses qui, sans se contredire frontalement, se positionnent l’une envers l’autre dans une remarquable asymétrie : la Française souligne l'impact du christianisme sur l'émergence des droits de l'homme, tandis que le chercheur allemand considère que les religions comme les philosophies ont dû intégrer et réinterpréter l'avènement de valeurs nouvelles, notamment la sacralisation de la personne. Le moindre des paradoxes n’est pas de constater que le catholicisme et le protestantisme ont suivi deux trajectoires rigoureusement inverses : de la condamnation à l’approbation pour le premier, de la défense à la critique théologique pour le second. La généalogie des droits de l’homme reste un chantier prometteur pour les chercheurs, dont les arguments ne cessent de s’étayer grâce à des dossiers de mieux en mieux documentés, et ainsi de s’affiner. Le problème de l’universalité des droits de l’homme, ou de leur relativité, ne pourra qu’en bénéficier.

Ces questions font ainsi l’objet d’interprétations et de réinterprétations permanentes. Elles ne sauraient cependant passer sous silence le fait que les droits de l’homme ne sont pas qu’un champ de spéculation, mais une préoccupation intime et ultime, on ne peut plus concrète et quotidienne, pour nombre de nos contemporains : on le sait (mais on ne le rappellera jamais assez), la moitié des États de la planète (dont un certain nombre se réclament de la démocratie) pratiquent couramment la torture. Comment rendre compte de cette cruelle réalité au cœur même des recherches les plus académiques ?

Tels sont quelques-uns des axes et des enjeux du Séminaire interdisciplinaire « Éthique et droits de l’homme », qui déclinera, durant les deux années universitaires 2018-2019 et 2019-2020, approches philosophiques, historiques, juridiques, sociologiques, théologiques et éthiques, autour de la question : « Respect de la personne : vraie ou fausse universalité ? ». Il s’agira donc de croiser les regards disciplinaires et les convictions subjectives et intersubjectives, à l’occasion de débats sans fard et d’interpellations réciproquement critiques, afin d’explorer, à travers les débats les plus contemporains, certaines des modalités et des conditions de notre « être ensemble ».

 


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Agenda

Le 10 décembre 2019
À 14h30
Collège doctoral européen, amphithéâtre
Le 12 décembre 2019
À 14h30
Palais universitaire, salle Fustel
Le 13 décembre 2019
À 09h00
Nouveau Pation, amphi Alain Beretz
Le 24 janvier 2020
Palais universitaire, salle Pasteur
Du 6 février 2020 au 7 février 2020
Le 14 février 2020
Palais universitaire, salle Pasteur
Le 17 avril 2020
Palais universitaire, salle Pasteur
Le 29 mai 2020
Palais universitaire, salle Pasteur