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Colloque international "Poésie, bible et théologie de l'Antiquité tardive au Moyen Age"

Du 25 janvier 2018 au 27 janvier 2018
Palais universitaire, salle Pasteur et Nouveau Patio, amphi A. Beretz

 

Colloque Le colloque international « Poésie, bible et théologie de l’Antiquité tardive au Moyen Âge » s’insère dans le projet de recherche de l’ERCAM, « Équipe de recherche sur le christianisme ancien et médiéval », de l’EA 4377 – Faculté de Théologie catholique de Strasbourg, qui pour le quinquennal 2017-2022 portera sur le thème « Poésie et théologie dans la littérature chrétienne ancienne et médiévale». En effet, l’on peut remarquer que l’emploi des genres poétiques par les chrétiens de langue grecque et latine commence bien plus tard (surtout à partir de la fin du IIIe s./début du IVe s.) que la naissance de la production littéraire chrétienne en prose, qui accompagne la naissance même de cette religion. Ce ‘retard’ manifeste une difficulté réelle de la culture chrétienne, celle de la création d’un code adapté à l’expression des contenus bibliques, centraux dans cette religion, à travers les instruments culturels de la production littéraire grecque et latine en vers[1]. Cette difficulté se traduit souvent dans des déclarations d’incompatibilité radicale entre les deux domaines de la réflexion sur l’Écriture et de la poésie, en tant qu’instrument d’expression privilégié par la culture profane (il suffit de penser à certaines déclarations hostiles à la poésie de la part d’auteurs importants, comme Jérôme ou Augustin, qui auront une suite au Moyen Âge, comme l’a bien montré M. Zink[2]). Alternativement, elle est à l’origine de tentatives d’intégration entre le style des textes poétiques scripturaires, les psaumes, et les formes littéraires classiques (c’est la voie parcourue, par exemple, par la typologie du Psalmus responsorius, qui ne connaîtra pas un grand succès). La solution qui finit par l’emporter sur les autres donne lieu, pour utiliser une expression heureuse de R. Herzog[3], au troisième cycle de poèmes de la littérature occidentale, à côté des cycles homérique et carolingien-arthurien : le cycle de la poésie biblique en mètres classiques. Il s’agit là d’une filière littéraire d’une importance capitale, qui, après avoir rencontré des préjugés de la part d’une certaine perspective classicisante, surtout à partir du milieu du XXe s. s’est imposée dans le panorama des études critiques en raison de sa transversalité chronologique. En effet, les ‘canons’ de la poésie biblique élaborés dans l’Antiquité tardive domineront les écoles médiévales et même celles de l’époque humaniste, en trouvant aussi un terrain favorable dans la culture de la Réforme et de la Contre-réforme, pour entrer définitivement en crise avec le renouvellement culturel des Lumières.  Cette filière s’est imposée également en raison de l’interaction qu’elle a promue entre les cultures émergeantes, biblico-chrétienne et germanique, et la civilisation gréco-latine en ses formes expressives.   

En outre, on a remarqué de plus en plus l’importance socio-culturelle de cette transposition en des formes poétiques des contenus scripturaires : en effet, selon des modalités et des finalités variées, et par rapport à des destinataires et à des milieux de référence différents, cette transposition se donne comme but, avant tout, la ‘vulgarisation’ (ou, pour employer un terme qui soit ici moins paradoxal, la diffusion) de l’interprétation scripturaire et de la spéculation théologique au bénéfice des rudes, c’est-à-dire des personnes étrangères aux écoles catéchétiques ou à la carrière ecclésiastique, mais appartenant aux élites cultivées de leur temps, à travers l’instrument expressif privilégié par eux, la production en vers[4]. C’est pourquoi la littérature chrétienne en vers revêt un grand intérêt pour évaluer en profondeur le phénomène même de la christianisation des classes dirigeantes, surtout à partir des IVe/Ve s.

Un genre littéraire comme l’‘épopée’ ou la ‘paraphrase biblique’[5] montre bien la valeur de cette opération culturelle : la transposition surtout en hexamètres des livres de l’Ancien Testament (mentionnons les paraphrases de la Genèse par Cyprien le Gaulois, Claudius Marius Victorius et Avitus) ou du Nouveau Testament (comme les Evangeliorum libri de Juvencus, le Paschale carmen de Sedulius, la Paraphrase de l’Évangile de Jean de Nonnos de Panopolis et l’Historia apostolorum d’Arator) ne se réduit pas à un simple exercice rhétorique ou à un lusus littéraire. Comme l’ont bien montré, à travers des perspectives différentes, M. Roberts[6] et D. J. Nodes[7], de telles transpositions en vers proposent aux lecteurs une relecture de l’hypotexte biblique, une « mise à jour » de l’Écriture par rapport aux exigences et aux attentes du milieu de référence[8]. Cette production associe ainsi à la paraphrase en vers les interprétations scripturaires et les commentaires doctrinaux, si bien que pour ce genre, on peut parler aussi d’une véritable exégèse biblique en vers, qui s’accompagne souvent d’objectifs théologiques bien précis[9].

L’étude de la poésie biblique chrétienne, donc, exige une approche scientifique globale et organique, c’est-à-dire une approche qui ne se limite pas à l’examen des questions formelles liées à la transposition en vers des contenus scripturaires, mais qui permette aussi de montrer comment forme poétique et contenu exégético-théologique s’épaulent mutuellement. D’autre part, une réflexion s’impose sur la légitimité même de qualifier les poètes chrétiens de véritables théologiens. Il s’agit là d’une question qui met en cause notre notion même de théologie. En effet, à partir de l’essai Gloria. Pour une esthétique théologique (éd. orig. 1962) du théologien Hans Urs von Balthasar, on a inauguré une nouvelle tentative de récupération, à l’intérieur de la théologie, de la dimension esthétique de celle-ci, en soulignant comment le langage symbolique et métaphorique peut être un instrument très efficace du langage théologique. C’est un aspect que les théologiens médiévaux connaissaient déjà très bien : ainsi, dès l’époque carolingienne, Jean Scot Érigène rapproche la théologie de la poésie (theologia veluti quaedam poetria) par cet emploi particulier du langage à des fins didactiques[10].

C’est pourquoi, dans la perspective d’une véritable approche interdisciplinaire, qui rejoint celle novatrice et originale des deux Masters interdisciplinaires d’études anciennes et médiévales qui font partie de l’offre de formation de l’Université de Strasbourg, le colloque international organisé par l’ERCAM, en collaboration avec plusieurs institutions nationales (IEA, « Institut d’Études Augustiniennes »-LEM, « Laboratoire d’études sur les monothéismes »-UMR 8584 ; École Nationale des Chartres ;  Association THAT, « Textes pour l’Histoire de l’Antiquité tardive » ; CARRA EA 3094- Université de Strasbourg) et internationales (Facultad de Literatura Cristiana y Clásica “San Justino” [FLCC] de Madrid ; Universidad Complutense de Madrid) voudrait chercher à approfondir ces questions sur la base de l’examen des textes poétiques chrétiens, grecs et latins, antiques et médiévaux, en mètres classiques et de contenu biblique. Nous tenterons d’évaluer leur portée doctrinale et le rôle qu’ils jouent jusque dans le développement des idées théologiques chrétiennes et de l’exégèse biblique. Du point de vue chronologique, nous prendrons en considération la période qui va de l’Antiquité tardive au Moyen Âge, avec une attention toute particulière sur trois moments fondamentaux : 1) l’adaptation des modules poétiques classiques à la réécriture de la Bible dans toutes ses formes par les poètes grecs et latins de l’Antiquité tardive ; 2) les nouvelles formes de poésie biblique promues en Occident, à partir de la renaissance carolingienne jusqu’à la légitimation au XIIe-XIIIe s. par les Chartrains de l’emploi de la poésie dans le débat théologique ; enfin, 3) le rapport entre poésie classique et contenus biblico-théologiques au XIVe-XVe s., lors des polémiques entre les théologiens scolastiques (comme Giovanni Dominici et Jean Gerson ) et les poètes ‘humanistes’ chrétiens.

                                  Gianfranco AGOSTI     Michele CUTINO      Frédéric CHAPOT

                        Patricio de NAVASCUÉS   François PLOTON-NICOLLET     Vincent ZARINI      

Dans le cadre de ce colloque, nous vous annonçons également l'organisation d'un séminaire d'accompagnement didactique/soutien, pour tous ceux qui souhaitent participer au colloque de janvier, sur "La poésie biblique : essai de définition d'un genre littéraire et de ses implications exégétiques et doctrinale" organisé par M. Michele Cutino. Il se déroulera le 8 décembre 2017 de 14h à 18h en salle 47 (palais universitaire).

 


[1] Cf. F. Stella, « Imitazione interculturale epoetiche dell’alterità nell’epica biblica latina», Incontri triestini di filologia classica 5 (2005-2006), p. 9-26.

[2] Poésie et conversion au Moyen Âge, Paris 2003.

[3] Die Bibelepik der lateinischen Spätantike. Formgeschichte einer erbaulichen Gattung, 2 vol., München 1975.

[4] Il suffit de penser à ce que dit J. Fontaine, Naissance de la poésie dans l’Occident chrétien, Paris 1981, p. 67-80 à propos de la paraphrase biblique de Juvencus , qu’il définit une « catéchèse épique ».

[5] Cf. P.A. Deproost,  « L'épopée biblique en langue latine. Essai de définition d'un genre littéraire”, Latomus 56 (1997), p. 14-39; A. V. Nazzaro, “Riscritture metriche di testi biblici e agiografici: in cerca del genere negato», Auctores Nostri 4 (2006), pp. 397-439.

[6] Biblical Epic and Rhetorical Paraphrase in Late Antiquity, Liverpool 1985.

[7] Doctrine and Exegesis in Biblical Latin Poetry, Leeds 1993.

[8] Exemplaire, à cet égard, c’est un travail de J.M. Poinsotte, Juvencus et Isräel. La représentation des Juifs dans le premier poème latin chrétien, Paris 1977, qui montre comment le poète "déjudaïse" l'Evangile de Matthieu pour le "romaniser" en fonction de son public et de son but.

[9] Voir, par exemple, M. Cutino, L’Alethia di Claudio Mario Vittorio. La parafrasi biblica come forma di espressione teologica, Roma 2009.

[10] Cf. PL 122, 146 B-C : « Comme l’art poétique promeut des intérêts moraux ou cosmogoniques à travers l’invention d’histoires et les allégories, pour stimuler l’intelligence de l’homme, ainsi la théologie, comme quelque poétesse, a recours à des inventions intellectuelles pour adapter l’Écriture sainte aux facultés de l’intellect ». Cf. P. Dronke, « Theologia veluti quaedam poetria : quelques observations sur la fonction des images poétiques », dans R. Roques (éd.), Jean Scot Érigène et l’histoire de la philosophie. Actes du colloque international de Laon 7-12 juillet 1975, Paris 1977, p. 243-252.

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